Le corps représente un ensemble complexe. Lorsque quelque chose ne va pas, il est capable de nous envoyer des signes clairs comme la douleur. Parfois, la douleur peut devenir chronique et connaitre des origines différentes.

Nos nerfs peuvent être responsables de nombreuses douleurs intenses et parfois inexpliquées. Soulager les douleurs neuropathiques peut considérablement changer le quotidien des femmes et des hommes. 

Chroniques de l’endométriose est parti à la rencontre du Dr Beco, gynécologue spécialisé en périnéologie et prolothérapie neurale. Il nous explique le processus des douleurs neuropathiques, mais surtout les solutions pour les soulager.

Soulager les douleurs neuropathiques par la prolothérapie neurale

Qu’est-ce que la prolothérapie neurale ?

Tout d’abord, il est important de faire la différence entre la prolothérapie et la prolothérapie neurale.
La prolothérapie est un terme qui vient de l’anglais « proliferative therapy ». L’idée initiale est de réparer des ligaments abimés en injectant du sucre concentré (25%) dans le ligament.
L’injection du sucre concentré va créer une réaction inflammatoire autour du ligament. En 3 ou 4 injections, il guérit seul et les douleurs disparaissent.

 

Sur ce principe, le Dr Lyftogt, un médecin d’origine hollandaise, s’est rendu compte qu’en injectant du sucre dilué à 5% autour d’un nerf en souffrance, il obtenait une disparition de la douleur dans les 2 minutes.

 

Un effet presque immédiat.

 

Aujourd’hui, cette technique est nommée PIT, Périneural injection therapy (thérapie d’injection autour des nerfs) ou prolothérapie neurale.
Le principe du PIT repose sur des injections de sucre dilué à 5% autour d’un ou plusieurs nerfs pour soulager les douleurs.

 

Le sucre est l’aliment des cellules nerveuses. Ainsi, en fournir au nerf va lui permettre de fonctionner à nouveau normalement. Son inflammation va diminuer et ne plus provoquer de douleurs.

 

Une inflammation de la paroi du nerf est responsable de douleurs dites névralgiques ou neuropathiques.

Les nerfs du petit bassin

Quels sont les nerfs qui peuvent être soignés par la prolothérapie neurale ?

Dans la région du pelvis, il peut y avoir plusieurs nerfs impliqués.

 

1. Les nerfs honteux

 

A l’heure actuelle le plus connu est le nerf pudendal, aussi nommé le nerf honteux interne. Une fois enflammé, celui-ci va provoquer des douleurs en position assise et qui se manifestent à l’extérieur du périnée.

 

Le nerf honteux est impliqué dans 3 grandes fonctions : uriner, déféquer ainsi que celle des rapports sexuels.
Dès lors, lorsqu’il est atteint, il peut provoquer des problèmes à ces trois niveaux.
On peut retrouver des symptômes comme des besoins urgents d’uriner, l’incontinence urinaire, des douleurs à la vessie, des difficultés à vider la vessie, de l’incontinence anale, de la constipation, des douleurs durant les rapports sexuels,…

 

Deux symptômes typiques d’un nerf honteux douloureux sont :

– Le sexual arousal syndrome ou PGAD : le syndrome d’excitation sexuel. Ce sont des femmes qui ressentent des sensations sexuelles de façon constante.
– Les proctalgies fugaces : des douleurs intenses dans l’anus qui durent de quelques secondes à quelques minutes et apparaissent en dehors de la défécation.

 

2. Le nerf obturateur

 

La névralgie du nerf obturateur est très fréquente. Cela provoque des douleurs dans le vagin ainsi que des problèmes urinaires importants.

 

Ce sont des femmes qui ont besoin d’uriner toutes les heures et se relever la nuit (la fréquence mictionnelle, dite normale, est d’une fois toutes les 3 heures et maximum 1 fois par nuit).
La vessie peut faire très mal et il peut y avoir des difficultés à la vider et provoquer de l’incontinence.
Les femmes peuvent ressentir des douleurs à l’entrée ou dans le fond du vagin lors des rapports sexuels mais également de très fortes douleurs, comme des contractions utérines ainsi que des fausses sensations de corps étranger dans le vagin.

 

Le nerf obturateur et le nerf honteux sont interconnectés via les muscles de la région. Lorsque l’un est enflammé, il va provoquer une contracture des muscles et rendre le second douloureux.

Les deux muscles les plus impliqués sont le muscle piriforme et le muscle obturateur.

 

3. Le nerf génito-fémoral

 

Le nerf génito-femoral est un nerf avec deux petites branches qui descendent au niveau des cuisses et une branche qui revient au-dessus du pubis et descend dans les lèvres.
Ce nerf peut provoquer des douleurs au-dessus de la cuisse et sur le dessus de la lèvre vulvaire.

 

4. Le nerf cutané abdominal

 

Ce nerf tourne comme une ceinture autour du bassin. Il démarre de la colonne vertébrale, des dorsales 10 et 11 et revient sur le ventre. Il peut provoquer de fortes douleurs des côtes jusqu’au bas du ventre. Ces douleurs sont nommées le syndrome de Maigne.

 

Le domaine des nerfs est large et peut provoquer de nombreuses douleurs.

 

Malheureusement, il y a très peu de gynécologues et de médecins qui s’intéressent aux nerfs du petit bassin. Un domaine compliqué et peu enseigné.

Les causes d’une inflammation des nerfs

Comment un nerf peut se retrouver enflammé et devenir douloureux ?

Il existe une multitude de raisons d’avoir un nerf enflammé.

 

Ici, nous allons évoquer principalement les causes de l’inflammation des nerfs pudendal et obturateur.

 

  • Une inflammation des nerfs peut provenir des muscles. Une surcharge musculaire au niveau du muscle obturateur et piriforme peut provoquer des douleurs.
  • Une instabilité du bassin ou instabilité de la sacro-iliaque peuvent aussi être une raison.
  • Des anomalies dans les pieds, des mauvaises postures.
  • Un gros stress entraine une contraction des muscles et donc une inflammation.
  • Une chute sur le derrière peut changer légèrement l’anatomie locale.
  • Une profession où l’on est beaucoup assis.
  • La selle d’un vélo, des chocs répétitifs.

Soigner et soulager les nerfs durablement

Comment se déroule une thérapie de prolothérapie neurale ?

Tout d’abord, il faut repérer les nerfs douloureux chez le/la patient(e).
Chaque nerf a un territoire d’innervation bien précis.

Pour déterminer le ou les nerf(s) douloureux, le praticien va pousser sur quelques points caractéristiques. Il peut également utiliser un test assez simple : le test du palper-rouler (le praticien pince la peau à certains endroits précis du corps, la fait rouler entre ses doigts et observe la réaction de la patiente pour déceler une éventuelle douleur).

Comment traiter les nerfs ?

On peut traiter les nerfs avec du PIT et du glucose dilué à 5%.

 

Le PIT offre un pourcentage de guérison aux alentours de 80%.

 

Mais on peut faire un pas de plus et traiter la cause pour ne plus que l’inflammation des nerfs revienne.

  • L’instabilité du bassin est un cas qui revient chez beaucoup de personnes.
    Cela est plus fréquemment observé chez les patients souffrant de la maladie d’Ehlers-Danlos. Une maladie héréditaire où les ligaments du corps sont anormalement relâchés. Ils sont hyperlaxes. Ce sont des personnes qui sont capables de prendre leur pouce et de toucher leur poignet, de faire la prière dans le dos, ils peuvent également avoir des articulations qui se déboitent. Ici, la prolothérapie représente une vraie solution. En injectant du glucose concentré à 25% (prolothérapie) dans les ligaments sacro-iliaques, le bassin va se stabiliser et les douleurs vont disparaitre en quelques séances seulement. C’est une maladie très fréquente qui touche 300 000 à 400 000 personnes en Belgique et dont la majorité n’est même pas au courant.
  • Le syndrome de stress post-traumatique. Dans ce cas, la personne a vécu des évènements de vie traumatisants. On peut par exemple citer la pédophilie, un viol, un cadre familial violent, une prise en otage, le terrorisme, un accident de voiture,… Il existe beaucoup de stress post traumatique que l’on peut vivre au cours d’une vie. Ce cas de stress important peut causer des douleurs partout. Tous les nerfs du corps vont être douloureux et cela est très difficile à vivre au Quotidien. La prolothérapie neurale peut aider à soulager le corps en injectant le sucre dilué dans 7 points précis d’acuponcture. Les douleurs vont alors diminuer ainsi que le stress. Mais là aussi on peut traiter les symptômes, mais il vaut mieux attaquer la cause. On peut proposer une combinaison avec une thérapie d’hypnose ou de EMDR (eye movement desensitization and reprocessing).
  • Le maintien et le travail sur la position peuvent être également travaillés pour protéger les nerfs et éviter des douleurs. Pour protéger et soulager le nerf pudendal, il existe un coussin ergonomique en forme de U réalisé dans un atelier protéger à Ensival.

La prolothérapie dans le cas de l’endométriose

En ce qui concerne l’endométriose, comment la prolothérapie neurale peut aider ?

Dans le cas précis de l’endométriose, la maladie peut provoquer de fortes douleurs mais également impacter les nerfs.

Le nerf obturateur, le nerf pudendal, le nerf cutané abdominal et les muscles vont jouer un rôle dans le degré de douleur associé à l’endométriose.
Les douleurs ressenties dans le bas ventre peuvent venir contracter les muscles qui vont ensuite impacter les nerfs. Cela va créer un cercle vicieux de douleurs répétitives.

 

Pour soulager les femmes, on va agir sur les nerfs enflammés grâce à la prolothérapie neurale mais également sur le relâchement des muscles en utilisant les trigger point release. Cette technique consiste à exercer une pression sur un muscle pour relâcher le muscle et soulager la douleur.

 

En supprimant les douleurs des muscles et des nerfs provoquées par l’endométriose, cela peut soulager efficacement le quotidien des femmes.

Lorsque les douleurs dans le bas ventre sont fortes et invalidantes, les raisons peuvent être multiples. Les nerfs peuvent en être une raison, dès lors, il est important d’y penser.

 

C.D.