Lorsque l’endométriose est bien installée et souvent diagnostiquée tardivement, il arrive que les femmes doivent passer par la case opération. Une étape dans le parcours de l’endométriose qui est considéré comme un traitement.
Pour en savoir plus, Chroniques de l’endométriose est parti à la rencontre de Romane infirmière et chef adjointe du bloc opératoire à la clinique CHC MontLégia à Liège.

Romane nous explique son quotidien et son expérience face aux opérations d’endométriose. Elle travaille avec le Dr Godin du Centre Liégeois de l’endométriose.

L’endométriose et le corps médical

Connaissiez-vous l’endométriose avant de commencer à travailler en tant qu’infirmière ?

Oui, j’en avais déjà entendu parler. Dans mon cursus scolaire et plus précisément lors de ma spécialisation en salle d’opération, nous avions des cours de chirurgie spécifique par discipline. Les professeurs nous parlaient des pathologies et des opérations principales de chaque domaine.
L’endométriose faisait partie des pathologies qui entrainaient le plus de chirurgie en gynécologie. J’ai donc appris les bases de la maladie.

Lors de votre première opération sur un cas d’endométriose, quel a été votre ressenti ?

Lors de ma première intervention, cela m’a fort impressionnée.

 

Une opération d’endométriose : c’est une installation très spécifique. C’est une chirurgie lourde qui peut durer très longtemps. Ce qui entraine une préparation spécifique de la salle d’opération. En effet, nous devons préparer des appareillages de surveillance supplémentaire pour l’anesthésiste. Nous devons porter une attention particulière à ce que la patiente soit bien chauffée,…

Et la première fois que j’ai vu le Dr Godin utiliser le laser sur des kystes, leur ampleur et le fait que l’opération impliquait différents chirurgiens, cela m’a vraiment surprise.

 

Je ne me rendais pas compte à quel point cette maladie pouvait être si invasive et à quel point cela pouvait se propager dans le corps.

endométriose chirurgie

Le déroulement d’une chirurgie d’endométriose

En chirurgie de l’endométriose, la cœlioscopie est la chirurgie la plus pratiquée ?

A l’heure actuelle, la cœlioscopie est très maitrisée. En jouant avec l’inclinaison du corps, les chirurgiens atteignent beaucoup d’organes en n’utilisant que trois petites incisions dans le bas du ventre.

Il arrive que lorsque l’endométriose est bien développé et qu’elle a commencé à s’étendre sur d’autres organes comme le diaphragme, le chirurgien doive refaire une incision. Mais c’est tout. Il est très rare que l’on doive passer par une laparotomie.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’utilisation du laser ?

Le Dr Godin utilise beaucoup la méthode dite du shaving. Une technique qui utilise un laser pour bruler et détruire les lésions, les kystes et les adhérences.

Le laser offre une grande précision.

 

Avec un réglage précis de cet instrument, le faisceau ne touche que la lésion et n’abime pas des tissus sains. Le laser est vraiment très précis. Il permet ainsi de diminuer le risque de récidive et offre un meilleur rétablissement.

Quelles sont les complications à envisager lors d’une opération d’endométriose ?

Je pense qu’une complication peut être envisagée, lorsque l’équipe n’a pas sur traiter l’endométriose de la patiente comme cela était prévu. Lorsque le chirurgien doit enlever un morceau ou parfois un organe entier.

 

Il arrive parfois que le chirurgien enlève un bout d’intestin et doive placer la patiente sous stomie temporaire pour laisser l’intestin se reposer. Je pense que cela est très difficile pour la patiente qui ne s’y attend parfois pas. Et cela représente une vraie complication.

 

C’est « LE » véritable problème de l’endométriose. Tant que l’on a pas ouvert, on ne peut pas connaitre les réels dégâts. Il y a souvent des choses qui passent inaperçues à l’échographie et à l’IRM.

chirurgie traitements endométriose

Le diagnostic par l’opération

Considérez-vous que l’opération est le véritable diagnostic de l’endométriose ?

Avec l’endométriose, il y a toujours des surprises.

On a beau avoir des échos, de l’imagerie, c’est en ouvrant et en allant voir à l’intérieur que l’on peut réellement voir l’état de l’organe, si il est toujours bien irrigué au niveau sanguin, si il y a d’autres lésions,…

A mon sens l’imagerie médical n’est pas assez précise.

 

Et sans oublier que le tissu n’est pas facile à déceler au vu de sa ressemblance avec l’endomètre.

Au MontLégia, le Dr Godin et le chirurgien abdo ont pris l’habitude de travailler les mêmes jours. « D’être dans la maison ensemble », comme on dit chez nous. Cela permet d’appeler facilement le chirurgien abdo si l’on se rend compte que l’endométriose est plus sévère que prévu.

 

Lors d’une opération contre l’endométriose, on démarre toujours avec un temps opératoire approximatif mais on ne sait jamais si on va le respecter. Une opération de 2h peut très vite se transformer en 9h lorsque l’on ouvre la patiente.

chirurgie bloc opératoire endométriose

L’endométriose face aux professionnels

Aujourd’hui, quel est votre point de vue sur l’endométriose ?

Lorsque l’on travaille dedans, on expérimente la maladie différemment, on se rend compte comme cela peut devenir grave.

Cela me peine beaucoup de voir que de plus en plus de femmes et de jeunes femmes sont atteintes.

La liste d’opération est, à l’heure actuelle, interminable.

 

Ce qui m’attriste, c’est aussi de me rendre compte que des générations de femmes ont eu cette maladie et a qui ont dit que c’était normal. Et je pense qu’aujourd’hui la route est encore longue surtout auprès des gynécologues pour que l’on puisse dépister la maladie plutôt. Mais surtout prendre les douleurs des femmes au sérieux.

Qu’espérez-vous pour l’avenir ?

Tout d’abord en ce qui concerne l’endométriose, j’espère plus de chirurgiens spécialisés. Car aujourd’hui, on n’en compte trop peu et les listes d’attentes ne font que s’allonger.

 

Ensuite, j’espère aussi plus de gynécologue à l’écoute de leur patiente.
Que l’on soit infirmière, chirurgien, généraliste ou autre, nous vivons d’un métier de formation continue. Les avancées dans le secteur de la santé sont rapides et nous avons le devoir de rester informés. Nous n’avons pas toujours la chance de pouvoir se former comme on le souhaiterait et cela se ressent. Je pense notamment aux gynécologues « un peu vielle école » qui n’ont pas fait évoluer leur technique d’examen ou qui ne sont pas assez ouvertes faces aux douleurs de leurs patientes.

On constate trop souvent un vrai manque d’écoute de la part du corps médical. Il y souvent une banalisation des douleurs provenant des règles.

Les douleurs sont toujours normal. Mais non cela ne l’est pas !

 

Enfin il y a un vrai travail d’éducation à réaliser. Je pense notamment dans les écoles. Où lors des cours d’éducation sexuelle, on pourrait prévenir des maladies féminines et sensibiliser les jeunes filles à s’exprimer sur leurs douleurs.

Mais aussi mieux, informer les élèves sur leur corps. Souvent à l’école, les professeurs donnent la base et le job est fait. Mais aujourd’hui, il est important d’approfondir plus l’étude du corps et de l’appareil génitale de la femme

 

Je pense qu’il y a une vraie méconnaissance du corps chez les femmes et cela est  lié à des tabous et non-dit sur le corps féminin.

Mais, il n’y a rien de gênant à ça, c’est notre corps, nos organes, nos règles et il n’y a rien de plus naturel à ça.